« TO EXIST IS TO RESIST »

En Palestine du 22 avril au 2 mai 2016…

(Jeunes sortant de l’école à Ramallah – avril 2016)

Une délégation de notre association a séjourné en Palestine du 22 avril au 2 mai 2016.

L’objectif était de rencontrer les partenaires avec lesquels nous menons des actions notamment pour le développement de la francophonie ; nos partenaires résident tous en Cisjordanie ou à Jérusalem Est, territoires palestiniens occupés par Israël depuis la guerre de 1967.

Notre circuit

Basés à Jérusalem Est (Maison d’Abraham au sommet du Mont des Oliviers) nous sommes allés en voiture à Bethléem, Hébron, Ramallah, Naplouse, Jéricho puis, le  long du Jourdain, nous sommes remontés en Israël jusqu’au lac de Tibériade, le plateau du Golan, Nazareth et redescendus par la côte via Saint Jean d’Acre, Haïfa, le Monastère de Latroun, le village Névé Shalom, puis retour à Jérusalem.

NOS RENCONTRES/NOS PROJETS

A JERUSALEM EST

Le Lycée Ibrahimieh

Lycée Ibrahimieh – Jérusalem Est – avril 2016

Nous retrouvons Adelsalam, directeur adjoint de cet établissement qui compte 1 200 élèves et dans le hall d’entrée une série de photos plutôt joyeuses nous rappelant la venue à Nantes il y a deux ans d’un groupe d’élèves du Lycée. Abdelsalam, correspondant efficace de notre association, a facilité toutes nos rencontres au cours de ce séjour. C’est aussi grâce à lui que nous pouvons réaliser les échanges de jeunes entre la Palestine et la France. Il est d’ailleurs prêt à donner suite à notre demande d’échanges de jeunes sportifs, projet que nous avons en 2017. C’est aussi chez lui que nous rencontrons Bassem Daoud, responsable du service jeunesse à Saint Pierre des Corps, prêt à s’associer à nos actions pour 2017 ; il nous suggère de faire travailler des élèves en France et en Palestine sur un poème commun de Mamhoud Darwich, idée que nous allons mettre à profit.

Le Consulat de France

Nous sommes reçus par Delphine Dufoix, chargée de mission, coopération décentralisée. Très à l’écoute des actions que nous menons dans le domaine de la francophonie en partenariat avec l’Alliance Française, elle nous suggère aussi de faire la promotion de la culture palestinienne sous toutes ses formes. Pour tenter de créer un lien avec Gaza, elle nous informe que l’Institut Français, fermé depuis la dernière guerre, vient de rouvrir et que nous pouvons prendre contact avec son Directeur Anthony Bruneau. Nous en prenons bonne note pour notre manifestation en 2017.

Entretien avec Hadan Husseini, Ministre de Jérusalem Est et Gouverneur,

Issu d’une très grande famille palestinienne vivant à Jérusalem depuis plusieurs siècles, et malgré cela, il ne se sent plus chez lui. Les Palestiniens sont en effet peu à peu chassés de Jérusalem Est au profit des Israéliens et lui-même ne se sent pas à l’abri d’une telle menace.

En juin 1967, Israël a illégalement annexé Jérusalem-Est pour l’intégrer unilatéralement au territoire israélien.

Les résidents palestiniens de Jérusalem Est sont munis de titre de « résident permanent » délivré par les autorités israéliennes – le même que celui accordé aux résidents étrangers en Israël -. Les détenteurs de permis doivent régulièrement prouver leur résidence afin d’éviter la révocation. Depuis 1967, Israël a retiré le permis de résidence à plus de 14 000 Palestiniens et dans le même temps 12 colonies israéliennes ont été illégalement construites à Jérusalem-Est.

Vieille ville de Jérusalem – avril 2016

Depuis 1993, les autorités israéliennes ont créé 12 checkpoints militaires restreignant l’entrée de la vieille ville.

A BETHLEEM

Bethléem – avril 2016

                                                        L’Alliance Française

Nous avons rencontré le Président, la Directrice et la Secrétaire Générale, tous les trois parfaitement francophones. Organisme de droit palestinien, l’Alliance a mis au point une formation à la langue française pour des adultes (120 heures). Nous avons pu dialoguer – en français – avec deux stagiaires (parrainées par PLGJ avec le soutien financier de Nantes Métropole) et nous rendre compte ainsi de la qualité de cette formation (confirmée par le Consulat de France à Jérusalem-Est). Nous sommes convaincus de l’intérêt de poursuivre notre soutien financier avec l’idée – partagée par les responsables de l’Alliance – de cibler surtout des adultes pour qui l’usage du français apporte un plus dans l’exercice de leur métier.

                                   L’Association Al Rowwad dans le Camp Aïda

Mur de béton qui longe le Camp Aïda – avril 2016

Situé à proximité de Bethléem, ce camp de réfugiés Palestiniens a été créé depuis 1948 ; aujourd’hui il est longé par le Mur, plaques grises de béton de 10 m de haut, surmontées de barbelés. C’est là qu’est né et a grandi le directeur de l’association, Abdelfattah Abusrour que nous connaissons bien ; après ses études supérieures en France il a décidé de retourner dans ce camp pour créer Al Rowwad, organisation indépendante qui s’efforce de développer les capacités des femmes, des enfants et étudiants par des moyens non violents autour de 5 départements :

Les arts de la scène et arts plastiques (théâtre, danse, dessin, peinture, musique….),

Les médias (photographie, vidéo, film d’animation…),

Les femmes (broderie, couture, sport, commercialisation de produits locaux…)

L’éducation des enfants (5-15 ans) et étudiants (bibliothèque, ludothèque, informatique, écriture créative, contes populaires…)

L’environnement et la santé

Des projets ? Abdelfattah en a plein la tête dont celui de créer un nouveau bâtiment moderne et fonctionnel pour lequel il cherche des financements à travers le monde. Il nous sollicite pour un tout autre projet bien spécifique : trouver un professionnel du travail du bois pour apprendre aux Palestiniens à créer des jouets et des jeux en bois. Nous avons peut être une piste en France, près d’Angers.

A JERICHO

                                                       Le Maire de Jéricho

Nouvellement élu à la tête de cette ville, après avoir passé quelques années dans les prisons israéliennes, il insiste beaucoup sur le fait qu’aujourd’hui « les Israéliens veulent effacer l’histoire des musulmans et des chrétiens à leur profit… Ils effacent la culture, les hommes et même les pierres… ». Il insiste sur l’échange de jeunes et l’obtention de bourses pour permettre aux jeunes Palestiniens de venir étudier en France

La Médiathèque

Elle compte 4 500 adhérents avec un flux mensuel d’environ 1 500 personnes (jeunes, adultes, scolaires…). Reçus par la Directrice, nous avons pu constater combien la Médiathèque s’est enrichie d’ouvrages (5 000 livres en 2005, 35 000 en 2015), sachant qu’elle est ouverte à tous publics : scolaires, étudiants, familles et qu’elle développe de multiples activités : stages d’anglais, soirées culturelles, venue d’écrivains, activités spécifiques pour les élèves en congé, groupes de paroles sur des problèmes de société (cigarette, drogue…), des expositions. Le jour de notre venue se déroulait une exposition avec vente de livres et BD et nous avons pu croiser plusieurs classes d’élèves accompagnés de leurs professeurs.

Entrée de la Médiathèque – avril 2016

Là aussi se fait jour un besoin d’apprentissage de la langue française. L’Alliance Française serait prête à répondre à cette demande en organisant des cours dans les locaux de la Médiathèque, à nous de trouver en France un soutien financier. Cela donnerait suite aux aides financières que nous avons envoyées à la Médiathèque pour l’achat de livres avec le soutien de la ville de Nantes. Le jour de notre visite nous remettons à la directrice un don en espèces destiné à l’achat de nouveaux livres.

A RAMALLAH

Située à quelques kilomètres au nord de Jérusalem, Ramallah est le siège de l’Autorité Palestinienne, ville grouillante, où se concentrent tous les Ministères et le Parlement, c’est aussi là que repose le corps de Yasser Arafat, dans un mausolée blanc gardé en permanence par deux militaires.

Entrée du checkpoint de Ramallah – avril 2016

L’association Stop The Wall

Issue de la société civile palestinienne, l’association lutte pour la démolition du Mur de 700 kms, construit à 90% sur le Territoire Palestinien, en violation du droit international. Nous assistons avec un autre groupe de Français à une conférence (documents à l’appui) centrée sur une présentation détaillée et documentée de la stratégie présente et future de l’Etat d’Israël qui, en construisant ce Mur – illégal – :

  • Isole les terres arables, les ressources en eau, multiplie les colonies en toute illégalité

  • Fragmente le territoire palestinien

  • Pratique une politique d’épuration ethnique et sépare les communautés entre elles : n’est pas là la définition de l’apartheid ?

A notre retour, nous apprenons que la société israélienne Mékorot a restreint la fourniture d’eau à des villages et villes du nord de la Cisjordanie privant d’eau des foyers palestiniens pendant deux semaines : impossible de se laver, obligation d’acheter très chère de l’eau en bouteille ou de donner les animaux à d’autres fermiers.

Nous apprenons aussi qu’au checkpoint de Ramallah ont été tués une jeune femme enceinte et son jeune frère qui l’accompagnait. Plusieurs versions des faits nous sont rapportées : côté israélien, ils traversaient le checkpoint au mauvais endroit, n’ont pas répondu aux sommations, la jeune femme aurait sorti un couteau… côté palestinien, ils n’ont pas répondu aux sommations car ils ne comprenaient pas l’hébreu et la jeune femme était venue à Ramallah pour une consultation à l’hôpital…. Nous ne saurons jamais la réalité sinon que les autorités israéliennes refusaient de communiquer la vidéo….

Le Mur avril 2016

A NAPLOUSE

En souvenir des morts – avril 2016 Rue de la vieille ville – avril 2016

Visite de la restauration de la vieille ville avec Naseer R. Arafat, directeur du Cultural Heritage Enrichment Center. Architecte de profession, il tient à nous faire connaître le riche passé de cette ville à travers son habitat, son urbanisme particulier, son artisanat et notamment la fabrication du savon dont les techniques ont trouvé leur origine à Naplouse.

Dans chaque quartier nous pouvons observer des plaques apposées sur les murs des maisons, là où des Palestiniens (parfois des familles entières) sont tombés sous les balles de l’armée israélienne.

A signaler aussi qu’à Naplouse et pour la première fois, se tenait un festival culturel avec des artistes palestiniens et internationaux pour célébrer la richesse artistique ainsi que l’identité culturelle et patrimoniale de Naplouse.

Les Palestiniens mettent actuellement beaucoup l’accent sur la mise en valeur de leur identité culturelle en réponse à une « judéisation » des lieux par les Israéliens y compris dans les territoires palestiniens et Jérusalem-Est.

A HEBRON

Pas de rencontre prévue mais nous tenons à parcourir les rues – quasi désertes – de la vieille ville palestinienne et nous rendre au caveau des Patriarches (côté musulman et côté juif). La visite de la partie juive se fera accompagnée d’un soldat de 19 ans, mitraillette au poing, français d’origine et arrivé en Israël à l’âge de 13 ans ; il nous a expliqué qu’il venait de passer son bac et faisait son service militaire de trois ans avant de poursuivre ses études en Israël.

Caveau des Patriarches côté juif – avril 2016