Quelques impressions de jeunes partis en Palestine en aout 2015

 

 

Avant de partir, je connaissais déjà plus où moins bien, l’histoire du pays, la Nakba, la guerre de 6 jours, les plans de colonisations d’Israël, la politique coloniale et le racisme dont font preuve les occupants à tout êtres n’étant pas hébreux. Evidemment, je devais en faire abstraction pendant le voyage au risque de me trouver dans de facheuses situations, c’est d’ailleurs là bas, que j’ai compris combien nous étions chanceux de vivre en France, car lorsque l’on veut dire quelques choses en France, on a le droit généralement de s’exprimer.

Le comportement des Israëliens ne m’a pas surpris, j’ai déjà été prévenu à l’avance: les interrogatoires, l’accueil assez froid, le regard méprisant et l’attitude condescendante des employés de l’aéroport, l’attente dans une salle pour tout individu « suspect »…
Finalement, après 6h d’attente, nous avons tous pu sortir, où nous avons directement rejoins la ville de Jérusalem. Le reste du séjour a complètement éclipsé cette mésaventure.
Nous avons joué notre pièce au sein du lycée Ibrahim à Jérusalem ainsi qu’au centre Al Rowadda, au camps Aida, à Béthléem
Le lycée Ibrahim et tout le personnel nous ont presque acclamé en héros,  ce qui m’a un peu déstabilisé car ce n’était pas l’objet de notre venue. Nous avons pu échanger avec les lycéens, qui ont apprécié le spectacle que nous leur avons offert, et avons discuté un peu avec chacun d’eux. J’ai été plusieurs fois en Algérie, et mon expérience personnelle fait que je ne peux m’empêcher de comparer les 2 pays, car comparer la France à la Palestine occupée, c’est comparer le soleil et la lune. Les palestiniens sont des gens très très chalereux, qui ont véritablement le coeur sur la main, mais qui contrairement aux algériens, sont de natures calmes et sereines,
Toutes les personnes, je dis bien toutes les personnes, que nous avons rencontrés, avait  soit un proche décédé, ou bien incarcéré.
. Nous avons pu d’ailleurs parlé avec une personne qui venait de sortir de prison et travaillant au centre al rowwad, son témoignage est bouleversant et révoltant. Malgré tout ceci, les palestiniens ne sont pas du tout antisémites, et savent différencier le bon du mauvais.
Un jeune de Naplouse qui a reçu plusieurs balles dans la cuisse, a vu son meilleur ami prendre une balle dans la tête, par un colon à des centaines de mètres de chez lui. Et pourtant, lorsque l’un d’entre nous (ce n’était pas moi je précise) a dit que « les juifs tiraient à vue sur les palestiniens comme si c’était des animaux », le jeune s’est empressé de rectifier en disant que ce n’était pas tout les juifs qui étaient comme ça, et qu’il ne fallait pas généraliser.
Quel genre de personnes sont ce jeune, et tout ces habitants, pour être autant méticuleux et ne pas déverser leurs haines sur les oppresseurs? Selon moi, il serait tout à fait légitime d’être au minimum en colère.
Durant le séjour, nous avons eu la chance de pouvoir parler avec une israelienne qui manifestai contre la destruction d’une maison palestinienne.
Ce voyage a été réellement une véritable source d’inspiration pour moi, et je pense avoir cité ce qui m’a le plus impressionné. J’espère de tout mon coeur, que ce n’en sera que le premier d’une grande histoire d’amitié entre les 2 peuples. J’espère vous voir très prochainement où nous pourrons parler de ce voyage.
Idriss Lemmouchi
 IMG_0271-1

On peut dire que ce voyage aura été un mélange d’émotion forte. Entre le stress, la joie, la tristesse, la panique, l’ascenseur émotionnel aura bien marché.

Je peux dire que j’ai eu de grandes surprises durant ce voyage. Suivant la Palestine depuis environ dix ans, je m’attendais à voir ce que j’avais pu voir sur internet en ayant conscience que cela était peut être exagéré. Cependant, en le vivant en vrai, on n’a pas la même sensation qu’en restant sur un fauteuil devant un écran. J’ai quand même été surpris par plusieurs choses.

Premièrement la violence quasi inexistante. Cela est peut être du à la période, plutôt calme, à laquelle nous nous y sommes rendu, mais j’ai trouvé l’ambiance générale beaucoup moins tendu que ce que j’aurai pu imaginé.
Deuxièmement, la population Palestinienne. Les gens m’ont assez surpris. Je m’attendais à voir des gens malheureux, en colère, déprimés. Au lieu de cela, j’ai vu un peuple aussi fort que soudé, un peuple très généreux, accueillant avec un sens de l’humour très aiguisé et ce qui m’a le plus frappé, c’est qu’ils font vraiment la différence entre le juifs et l’israélien. Ils ne font aucun amalgame, ils n’ont aucune haine, qui pourtant, avec ce que certains subissent, serait légitime. J’ai eu l’impression de ressentir plus de haine qu’eux. Ça a vraiment été une leçon d’humilité et d’humanisme pour moi.La population israélienne est , je crois, celle qui m’a le plus étonné. En sortant de l’interogatoire à l’aéroport de tel aviv, je suis arrivé dans le hall d’arrivée. Je crois que je n’avais jamais vu autant de juifs et de drapeaux israéliens de ma vie. A ce moment là, je me suis dit: oula t’es en territoire ennemi là fait toi tout petit. Et en attendant les autres des israéliens sont venu me voir, soit pour me demander un renseignement, soit pour me demander de l’aide, ou tout bêtement pour discuter. J’étais en panique au fond de moi, mais j’ai constaté qu’au final, ils avaient tous été poli avec moi, souriant et très chaleureux. Ça en a été de même à Jérusalem.

Ce qui m’a amené à faire un constat. Je ne sais pas si je me trompe ou pas, mais j’ai constaté qu’il y avait trois catégories d’Israéliens.
-La première à qui je pardonne, la plus majoritaire, je la qualifierai d’inconsciente. C’est à dire la population qui fait sa petite vie sans se soucier de la politique ou de l’actualité. Qui a été influencée par la télé et la propagande d’état. Qui croit en son gouvernement et qui pensent que les murs de séparation sont là pour les protéger des « terroristes » palestiniens. Parmi cette majorité il y a une minorité qui sait la vérité, qui n’est pas du tout d’accord avec son gouvernement et l’injustice qu’il opère, qui aimerait une paix avec les palestiniens, mais qui préfère vivre sa vie surement par peur de se faire rejeter ou par flemme.
-La seconde pour qui j’ai la plus grande haine, les colons. Qui sont tout à fait conscient de ce qu’ils font. Ils volent, ils tuent, ils sont remplis de haine et de violence et font tout ça par plaisir. Je pense que ces gens là n’ont aucune humanité et qu’ils portent le mal en eux. Quant on en vient à tuer des vieillard, massacrer des innocents, jeter de la javel dans les yeux d’un enfant pour le rendre aveugle, empoisonner des cultures, jeter des déchets chez les palestiniens, c’est que l’on a perdu toute humanité dans son coeur. Pour ceux-là je n’éprouve que dégoût et mépris.
-La troisième catégorie, qui est ultra minoritaire (moins de 5% de la population), les Militants. Cette catégorie a pleinement conscience de ce que fait ou laisse faire son gouvernement et s’oppose à celui-ci. Elle vient en aide au peuple palestinien, elle manifeste, elle fait de l’humanitaire pour eux, elle s’organise en associations, elle refuse le service militaire, elle va en prison, elle oeuvre pour la paix et le rétablissement de la justice.Pour cette catégorie là, j’ai le plus grand respect et la plus grande fierté. Car pour eux cela doit être très difficile. Surement en conflit avec leurs proches, surement marginalisé par les autres, mais ils restent fort.Les musulmans m’ont aussi beaucoup étonné. Je peux dire que j’ai rencontré là-bas les meilleurs musulmans que j’ai pu rencontré. Des croyant sincères. Pour la petite anecdote, j’ai oublié dans un bus qui nous ramenait à la maison d’Abraham, mon sac avec tout mon argent, mon passeport, ma carte d’identité, bref toute ma vie. Un jeune du collège Ibrahimieh était avec nous et m’a dit que le bus n’allait pas très loin et qu’ensuite il allait repassé. Je lui ai dit que le temps qu’il revienne, mon sac serait volé dix fois. Et là il m’a dit quelque chose. Il m’a dit que mon sac ne risquait rien, que les gens ici avaient Dieu avec eux, et qu’ils ne voleraient pas mon sac. Je me suis alors dit dans ma tête que c’était bien beau mais que connaissant l’Être humain, ça allait pas faire revenir mon sac.
Et à ma grande surprise quand le bus est repassé, quelqu’un avait donné mon sac au chauffeur et il l’avait mit sur le tableau de bord en attendant qu’il retrouve son propriétaire. C’est à ce moment là que j’ai pris conscience des paroles du jeunes garçon et que je les ai prise au sérieux. Et je me suis dit waouu que ce peuple soit béni, c’est le meilleur que j’ai pu rencontrer.
Il n’y a aucun extrémisme. Pas de salafisme, pas de wahabisme, pas de daesh, pas d’al qaïda, rien. Ils aiment pour leur frère ce qu’ils aiment pour eux-même, qu’il soit juif ou chrétien.
Les musulmans et les chrétiens sont très soudés. Ils s’entraident mutuellement. On a beaucoup de leçon d’eux à apprendre en France.

Cela retranscrit mon sentiment personnel et mon expérience personnelle. Mes camarades auront surement un avis différent différent du miens.

Ce voyage ne m’a pas donné espoir pour l’avenir des palestiniens, qui est de plus en plus sombre. Mais il m’a conforté dans mon action de soutiens total au peuple palestinien.

Cordialement,

Pierre

 

Ce contenu a été publié dans L'association, Rencontres, échanges. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.